La Cruche Fêlée7 Eylül 2026

Orientation et cap dans le savoir

Question : De nos jours, en partant du principe que la neutralité et l'objectivité sont essentielles, on affirme que la science ne peut être pratiquée que pour elle-même. Quelle posture équilibrée convient-il d’adopter à ce sujet ?

Réponse : Dans le monde d'aujourd'hui, des réflexions similaires sont formulées pour d'autres domaines. Par exemple, on dit « L'art pour l'art » et, pour cette raison, ceux qui écrivent de la poésie dans le but d'exprimer certaines vérités et de transmettre un message peuvent être rabaissés ; on leur dit qu'ils ne devraient pas être appelés poètes, mais prédicateurs ou conseillers spirituelles. Selon cette conception, la poésie ne peut devenir un moyen pour d'autres fins ; l'essentiel est l'exhibition de l'art. De même, certaines professions, positions, grades et rangs peuvent être recherchés pour eux-mêmes. Le simple fait de s'enorgueillir de certains titres, d'obtenir des insignes ou décorations peut devenir l'objectif fondamental. Vous verrez que les personnes ayant une telle conception vivent leurs vies attachées à leur ego et tournent en rond dans une absence de but. Elles tracent constamment des zigzags face aux événements qu'elles rencontrent ; c'est pourquoi aucun motif beau et significatif n'émerge sur la dentelle de leur vie.

Lorsque l'on examine les questions avec l'œil de la foi, on comprend que toute chose doit nécessairement être rattachée à un but suprême. L'être humain doit fixer son regard sur de hauts horizons, s'attacher à un idéal noble et tisser sa vie dans la direction de la réalisation de ce but idéal. Puisque dans ce voyage de la vie, que nous avons commencé indépendamment de notre volonté, nous avançons inévitablement vers une fin puis, par une seconde résurrection, vers un commencement éternel ; nous devons alors établir une relation solide entre le début et la fin de notre vie, et relier l'origine à l'aboutissement. Si nous n'avons pas de but idéal, nous déploierons des efforts constants telles des créatures tournant les yeux bandés autour d'un manège sur ce chemin, mais nous ne pourrons jamais avancer. Nous irons un peu, nous irons loin ; nous traverserons monts et vaux, mais nous n'avancerons pas de la longueur d'un grain d'orge. Par conséquent, lorsque nous produisons quelque chose, nous devons déterminer correctement et dès le départ l'objectif fondamental que nous voulons atteindre.

Il est clair que ces derniers temps, on observe une curiosité, un effort et une recherche intenses pour comprendre la réalité de l'existence. À cette fin, on essaie de lire les commandements créationnels (takwīnī), et les objets comme les événements sont scrutés à la loupe. Nous ne pouvons ignorer ces travaux fébriles menés dans différentes sciences. Cependant, comme des considérations positivistes et naturalistes dominent souvent les esprits occupés par la science, les regards ne peuvent facilement pénétrer les coulisses de l'existence. Par conséquent, les significations exprimées par les objets et les événements ne sont pas pleinement saisies, et comme les évaluations se limitent aux frontières du monde physique, on ne peut remonter de l'œuvre à son Auteur, ni atteindre la connaissance de la vérité.

Or, selon la pensée islamique, les choses et les événements dans l'univers, avec chaque lettre, mot et ligne, sont comme des lettres appartenant à Dieu et envoyées par Lui. Tout comme pour les commandements législatifs, le but ultime de l'étude des commandements créationnels est la connaissance de Dieu (maʿrifat Allāh). Un chercheur capable de regarder l'univers avec la perspective du Coran trouve dans chaque branche de la science des chemins menant à Dieu. Plus la connaissance de l'existence d'une telle personne augmente, plus sa connaissance du Seigneur des mondes s'accroît ; elle observe les manifestations des Noms divins dans tout ce qu'elle regarde.

Grâce aux recherches menées tant dans les sciences exactes que dans les sciences sociales, on obtient des résultats qui facilitent la vie, et on continuera d'en obtenir. De nouvelles technologies permettront de trouver des remèdes aux maladies, le niveau de vie des sociétés augmentera et la voie vers la création d'une structure sociale plus solide s'ouvrira. Rien de tout cela ne doit être minimisé. Cependant, l'être humain ne doit pas s'en contenter ; à travers ses recherches sur l'existence, il doit également avoir pour but d'atteindre Dieu, de Le connaître, de L'aimer et de progresser dans Son adoration.

Bien que ces ouvertures permettant d'élever l'homme à l'horizon de l'humanité soient possibles, on ne peut ignorer qu'à l'époque moderne, de graves déviations se sont produites dans la vision de la religion. Certains ont vu la religion uniquement comme une branche scientifique objet de recherche, d'autres l'ont évaluée comme une théorie philosophique, d'autres encore l'ont dépeinte comme un idéal à atteindre. Pourtant, la religion est l'ensemble des systèmes divins envoyés par Dieu aux hommes comme guide de vie. Nous ne pouvons ni la confiner à un domaine particulier de la vie, ni la traiter uniquement comme un domaine de pensée théorique. Les prophètes ne sont pas des philosophes, ni de simples hommes d'idéal ; ils sont au contraire de véritables hommes de responsabilité. Ils comprennent la mission qui leur incombe et s'en acquittent pleinement. Vivre les obligations religieuses qui nous sont parvenues par leur intermédiaire est également notre responsabilité fondamentale.

Les scientifiques ne peuvent pas non plus sortir de ce cadre. Ils sont également tenus de vivre les vérités auxquelles ils croient et de les transmettre aux autres. Aucune science n'est plus importante que la connaissance de Dieu, et aucune occupation ne peut être supérieure à la recherche de l'agrément de Dieu. Pour un croyant, tout ce qui ne peut être relié à Dieu est une question secondaire. On peut même dire que les actions accomplies en rupture avec Dieu, ainsi que les efforts déployés, sont d’une certaine manière viciée. C'est pourquoi, quel que soit notre domaine de spécialisation, nous ne devons pas oublier notre but ultime et nous devons être capables de relier d'une manière ou d'une autre tout ce que nous faisons à Dieu.

Notre guide dans ce domaine, comme dans tous les autres, ce sont les prophètes, et en particulier le Messager de Dieu ﷺ. Il était littéralement l’incarnation même de sincérité. En tant qu'être humain, il s'est également occupé des affaires de ce monde. Cependant, dans chacune de ses actions, il prenait l'agrément de Dieu comme principe fondamental. Il avait affirmé que les actes qui ne sont pas reliés à Dieu et qui ne commencent pas en Son Nom resteraient stériles et sans bénédiction[1]. C'est pourquoi, même lorsqu'il considérait le paradis, il pensait probablement à ce que cela ferait gagner ou perdre au nom de l'agrément de Dieu, et il vivait ainsi.

En particulier, toute personne s'étant dévouée à un noble idéal doit accomplir chaque action pour Dieu. La mondanité et les désirs charnels ne doivent pas assombrir cette pure intention. Elle doit croire que Dieu accordera Sa bénédiction aux œuvres réalisées sans arrière-pensée ni recherche de compensation. En effet, les secondes de la vie d'une personne qui agit pour Dieu (lillāh), pour la Face de Dieu (li-wajhillāh) et pour l'amour de Dieu (li-ajlillāh) peuvent prendre la valeur d'années entières. Pour cette raison, elle doit utiliser ses connaissances et ses acquis dans la direction de l'accomplissement de son idéal. Notre conviction est que les intentions pures et les objectifs nobles transforment même les comportements ordinaires en adoration et donnent de la substance aux actions accomplies. De plus, les personnes spécialisées dans différentes branches du savoir peuvent, grâce à leurs connaissances et à leur expérience, être plus utiles et productives au nom de l'idéal auquel elles croient. La hauteur de vue les aide à prendre les bonnes décisions. Les postes et les rangs qu'elles obtiennent facilitent leurs entreprises. Elles utilisent ces opportunités non pas pour leur ego, mais pour le service de la religion. Elles n'attribuent pas les succès obtenus à elles-mêmes, mais les voient comme une grâce de Dieu et s'efforcent d'en rendre grâce. Car chaque bienfait exige une gratitude de même nature. Il ne faut pas oublier que toute facilité matérielle et spirituelle obtenue est un dépôt confié (amāna), qu'il ne faut pas trahir ces dépôts, et que tout ce qui est donné à l'homme doit être valorisé sur le chemin de Dieu.

Les possibilités de celui qui tient une petite boutique au coin d'une rue et de celui qui dirige une grande entreprise ne sont pas les mêmes. De même, il est évident que les responsabilités et les actions d'un chef de village et celles d'un préfet sont différentes. Exactement comme cela, selon l'expression du Coran, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ne sont pas égaux[2]. Que l'homme possède le savoir, la richesse ou le rang ; l'important est de pouvoir les utiliser sur le chemin de Dieu, en quête de Son agrément et au service de l'humanité. Ce n'est qu'ainsi que la vie peut se transformer en une graine fertile donnant des milliers d'épis. D'ailleurs, le but de la vie n'est-il pas de connaître Dieu et de L'adorer ?

En résumé, quel que soit le domaine dans lequel nous opérons, nous avons constamment besoin de revoir notre orientation et notre direction. Dans chaque environnement où nous nous trouvons, nous devons faire cette introspection et nous guider mutuellement. Nous ne devons pas nous fier uniquement à notre propre réflexion, mais impérativement consulter les opinions des autres. Nous devons discuter avec des personnes qualifiées de la manière d'utiliser plus efficacement nos ressources et de les orienter vers l'agrément divin. Car l'un des moyens les plus importants de prendre des décisions justes et d'utiliser les ressources à bon escient est la consultation.

[1] Le Prophète ﷺ a dit : « Toute affaire importante qui ne commence pas par Bismillāh est amputée (dénuée de bénédiction). » (Al-Khaṭīb al-Baghdādī, al-Jāmiʿ li-akhlāq al-rāwī wa-ādāb al-sāmiʿ 2/69-70 ; al-Ghazālī, Iḥyāʾ ʿulūm al-dīn 1/206)

[2] Sourate al-Zumar, 39/9.